Les pluies
A ma mère…
C’est étrange, sans doute venu d’une autre vie ancienne ou future, j’aime les pluies… qu’elles soient douces et discrètes ou agressives et trépidantes, j’aime les pluies…
La pluie fulgurante de ce soir d’été s’est soudain apaisée
L’orage s’est retourné vers les plaines lointaines
Quelques pans de nuages désormais perdus pleurent en vain
La pluie tant attendue était venue comme l’invité égaré
Sens-tu ce pétrichor ?
Encore et encore…
Alors, je reste là, pénétré de tout et de rien. Les oiseaux reprennent leurs occupations étrangères et leurs vols prennent le ciel et les branches, j’aime les pluies…
La force fraiche et drue d’un d’automne
Le vent dans les cheveux d’un ange
Au loin les arbres prient des chapelets de feuilles
La pluie Horizontale ventée et verticale trop lourde
S’écoule de sources lointaines baignées de soleil
Encore et encore…
Alors, je marche en solitaire, personne ne vient errer avec moi. Mes chiennes crottées chargent leurs nez de souvenirs odorants pour mieux rêver à mes pieds du soir, j’aime les pluies…
Froideur perçante venue du nord
Le givre accourt et fige mes pensées souvenirs
Te souviens-tu des luges à cartables dans le matin d’école ?
Te souviens-tu des rires envolés vers les flocons trop hauts ?
Neige fondue en fils d’Ariane et en gerçures de pluies
Encore et encore…
Alors, j’écharpe mes souvenirs qui guérissent. Ils me tiennent au chaud pendant que l’hiver congèle tout, même l’espoir d’un printemps qui tarde… je suis seul sur le chemin froid, tout juste réchauffé par ta présence perdue. Je suis heureux, j’aime les pluies…
Un clin d’œil de chaton se ferme sous la goutte
Deux bourgeons se baignent sur une branche électrique
Trois trottoirs se rencontrent au carrefour du matin
Quatre nuages se croisent et se décroisent
Cinq enfants sous le préau sourient d’entendre la pluie caqueter
Encore et encore….
Alors, sous la pluie de ce printemps désormais sans toi, je cultive les souvenirs. Un nuage de mélancolie, une ondée de coups de cœur et le bruit du pain qui grille sur le bord de la vieille cuisinière à bois… Mon chocolat attend, dehors le ciel envoie la vie en gouttes trop petites pour faire peur, trop nombreuses pour voir clair…
Les larmes pluies brouillent un peu ma vue…
J’aime les pluies…




