Feu le feu
Feu le feu n’a laissé que des cendres.
Il était là, dedans, brûlant mon cœur et mon corps,
Fou de rage, avec des yeux de braises, il soufflait.
Il soufflait mes envies, il soufflait mes folies
Encore et encore, relançait mes désirs
Sans fin ni faim, il m’accablait de vouloir et de désespoirs
Feu le feu n’a laissé que des cendres.
Il était là sur ma peau, brûlant de sens en sens, essences de la vie,
Avalant ses années, avalant mes années,
Avide en carburants sans cesse renouvelés
Déversant souvenirs sur des tombeaux anonymes
Sans foi ni croyance, il poussait en avant sans soucis d’hier
Feu le feu n’a laissé que des cendres.
Il était là, dehors, autour, vautour,
Crachant sa haine, sautant d’un bosquet à l’autre
Avide de vide, dépourvu de plénitude, affalé dans l’horreur
Débarquant de l’azur, de bleu en rouge taillé
Sans espoir pour demain, il éventrait mes amours
Feu le feu n’a laissé que de cendres
Descendre, descendre, toujours plus bas vers l’humus,
Apprendre à désaimer pour demain se reprendre
Cendres sans descendre c’est le rêve des fous
Chaque pas te détruit, tu marches vers les cendres
Chaque pas te construit, tu marches vers la vie
Feu le feu n’a laissé que des cendres.
Tout brûler pour construire, rien brûler pour dormir
Si tu n’aimes pas le feu renonce donc à la vie !
Qu’il soit fou ou sérieux, le feu est un ami qu’il te faut inviter
N’oublie pas que sans lui, ce n’est pas de la vie
N’oublie pas qu’avec lui, c’est la douleur qui vit
Feu le feu n’a laissé que des cendres.
A l’invite ou l’insu, il frappe fort à ta porte
A ta table il est là, il est las, il est haut, il est bas
Il brûle et brûle encore, pour mieux se réchauffer
Et donner à l’inerte une chance de parler
Le feu vient de renaître pour de nouvelles cendres.




