Les petites grandes choses…
Les paysages les plus grandioses, les projets les plus fabuleux, les explorations les plus surprenantes, les découvertes les plus révolutionnaires, ne sont composées que de détails insignifiants qui sont le seul support de ces grandeurs…
Regardez ce magnifique cirque dans ces lointaines montagnes… il est magnifique, les cascades jaillissent de ci de là, le sommet des montagnes est échevelé de neiges, les arbres sont bariolés de verts aussi différents qu’il peut en exister… mais à… oui là…. C’est quoi cet arbre mort, sans aucune pudeur, il nous montre son tronc dénudé et vulgaire !!! pouah !!
Regardez cet océan qui se renouvelle de crètes blanches en crètes blanches en routes parallèles pour le bord de plage… les oiseaux batifolent et se chicanent en vols turbulents… les enfants culbutent dans le sable et construisent des empires aussitôt détruits par les vagues… il fait doux, le moment est propice à la réflexion et au calme intérieur… mais là, oui là … c’est quoi cette canette de bière, sans aucune pudeur, elle nous montre ses entrailles pleines de vieux mégos baveux !!! Pouah !!!
Bon j’arrête là…
Oui, toutes les beautés du monde ne sont composées que de détails qui s’unissent pour donner le sentiment qu’à ce moment précis, la beauté ultime, le merveilleux, l’incomparable est atteint… c’est fugace, ça ne reviendra peut-être jamais, mais c’est réel… si un seul de ces détails est absent, tout s’écroule !!
Alors, pourquoi rechercher les records de ci ou les records de ça ? les records ne sont que des infinités de détails qui s’additionnent et se multiplient parfois… et leur nombre est parfois tel que le record est atteint… et demain, il sera battu ce record…
La plus haute dune sera écrasée par une plus haute
Le plus grand des arbres sera nanisé par un plus grand
Le plus riche humain sera rendu pauvre par un plus riche
En regardant de plus près… la dune est composée de sable, l’arbre de cellules, le riche est fait par le travail des petites mains…
Demain, sur le chemin du travail ou pendant la promenade, regardez la plante minuscule qui survit dans la fissure du béton sous vos pieds, contemplez le pédicelle et la capsule de ce petit morceau de mousse, suivez cette minuscule araignée qui se dépêche de se cacher avant d’être écrasée par un pied imbécile… sans ces détails vivants, il n’y aurait aucune vie…
Alors, toi le passant qui marche sans souci, rappelle toi que la petite main qui a cousu ta chaussure droite a mal fait son boulot tout comme le contrôleur qui a été piqué par un moustique au moment où il vérifiait la qualité de ta chaussure droite… et c’est pourquoi dans deux heures, quand tu rencontreras un Patou qui te fera comprendre avec son dentier 500 carats qu’il faut faire demi-tour et que ta chaussure droite se déchirera pendant ton demi-tour mettant ton fessier à disposition du Patou en question, tu comprendras que les détails sont parfois majeurs… les fesses recousues sur ton lit de souffrance, tu repenseras à ce magnifique paysage que l’on t’avait vanté avec ces cascades et ces arbres, tu feras le total des dépenses que tu as accepté pour cette nouvelle caméra, ce sac à dos, ces vêtements autorégulateurs de transpiration, ces lunettes qui filtrent sans déformer les images, et tu maudiras le moustique qui a piqué le gars qui a loupé la piqûre mal faite de ta chaussure droite… oui la droite…




